Interview avec Jocelyne Villette-Pelé, auteure : S’inspirer de l’ordinaire pour étonner et émouvoir

Dernière mise à jour : 18 nov. 2021

Propos recueillis par Anusha Rung


L’auteure Jocelyne Villette-Pelé s’intéresse autant à la vie quotidienne qu’aux mystères des autres mondes. Sa micronouvelle réaliste Le goûter de Louis, centrée sur une vieille dame à la mémoire fuyante, est publiée dans le deuxième tome de la revue littéraire Soleil hirsute - numéro 2 - automne 2021 (à lire et télécharger gratuitement dans l’onglet Magazine).


D’où vous est venue l’inspiration pour votre micronouvelle Le goûter de Louis ?


Je n’ai pas eu à chercher une idée très longtemps. Elle s’est imposée à mon esprit quand j’ai pris connaissance du thème de l’appel à textes : la mémoire.

Extrait de la nouvelle « Le goûter de Louis »

Dans votre récit, vous abordez avec délicatesse et humour un sujet sensible : la maladie d’Alzheimer. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?


Plusieurs personnes de mon entourage ont vécu ou vivent encore la terrible souffrance de constater que leur proche, malade, ne les reconnaît plus ou très sporadiquement. S’ajoute à cela la culpabilité de ne pas savoir ce que peut ressentir physiquement et psychologiquement le parent atteint de la maladie d’Alzheimer.

J’ai voulu que ma nouvelle se situe à un moment de joie pour la mamie, la préparation du goûter pour son petit fils adoré. Des instants privilégiés qu’elle conserve dans sa mémoire comme des pastilles de bonheur.

La micronouvelle est un genre très exigeant. Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce genre ?

Effectivement, la micronouvelle impose une grande rigueur dans l’écriture. Il faut savoir aller à l’essentiel, sans « tuer » le sujet et, bien sûr, soigner la chute. C’est un excellent exercice que j’aime pratiquer régulièrement.

Quels thèmes importants à vos yeux sont abordés dans vos œuvres ?


L’enfance avec ses bonheurs et ses difficultés, la différence et son acceptation par la société.

Dans mes nouvelles, des personnes « ordinaires » se transforment parfois en victimes ou en meurtriers et j’aime développer ce qui a pu les amener à un point de non-retour.

Je flirte aussi souvent avec le fantastique et la dérive d’une rationalité quotidienne. Il y a aussi des textes plus légers où la comédie et l’humour ont la part belle, comme dans la pièce de théâtre Ticket gagnant, écrite avec deux co-auteurs, qui sera jouée en avant-première dans deux semaines ! (La pression monte doucement, mais sûrement.)

Pouvez-vous nous parler d’un moment marquant dans votre parcours d’écrivaine ?


Photo fournie par l’auteure

Il y en a plusieurs : le jour où un professeur de français au collège, quand j’avais 11 ans, a détruit ma confiance en moi pour longtemps quand il a lu le début d’un roman que j’avais écrit et n’a pas cru que j’en étais l’auteure. Le jour où ma fille Carole Pelé, artiste (chanteuse, auteure-compositrice, interprète), m’a redonné cette confiance en m’encourageant à persévérer dans ma passion pour l’écriture. Le jour de la remise de mon tout premier prix à un concours littéraire.




Quels auteurs ou autrices vous ont marquée et pourquoi ?


Très tôt Jacques Prévert avec sa poésie magique. Ensuite, adolescente, j’ai adoré Charles Baudelaire et son univers si sombre, Guy de Maupassant, un de mes maîtres pour son art de la narration fantastique en particulier avec la nouvelle Le Horla, et Dino Buzzati, un autre maître.


Dans d’autres univers, j’adore la littérature indienne, aussi bien Rabindranath Tagore qu’Anita Naïr, Rohinton Mistry avec son magnifique L’équilibre du monde et tellement d’autres. Enfin les auteurs George Orwell, Margaret Atwood. Tous ont marqué des étapes littéraires ou autres dans le cours de ma vie. Après, il y a d'autres auteurs ou auteures que j’admire également, mais la liste serait trop longue.

Un livre (fiction ou non-fiction) que vous nous recommandez ?


Difficile de choisir, mais j’ai dévoré La panse du chacal de Raphaël Confiant, qui relate l’histoire des « Coulis », ces Indiens qui ont émigré aux Antilles pour remplacer les esclaves affranchis. Une page d’histoire assez méconnue en métropole. Et puis un magnifique recueil de nouvelles de Raphaël Haroche, Retourner à la mer.


En tant qu’écrivaine, quelle est pour vous l’ambiance de travail idéale, qui stimule votre créativité ?


Une ambiance calme, dans mon bureau, soit l’après-midi avec la chaude complicité des rayons du soleil qui viennent me caresser les épaules, soit le même lieu, le soir, quand la nuit est installée avec ses faibles lumières que j’aperçois à travers la fenêtre.


Avez-vous des projets d’écriture en cours ?


Oui, je suis en cours d’écriture d’un roman dystopique dont l’action se déroule dans un avenir qui ne me semble pas si lointain… En parallèle, j’écris toujours des nouvelles et j’ai un projet de recueil avec celles déjà écrites.


Votre citation préférée ?


« Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui perd sa passion. »

Saint Augustin


Plus sur Jocelyne...


Tout commence par un ver, oui un ver… À 11 ans, je commence l’écriture d’un roman sur les aventures de ce petit animal. Bien des années plus tard, ma passion pour l’écriture est restée intacte.


J'ai été lauréate de trois concours littéraires, et trois de mes nouvelles, depuis 2018, sont parues dans :

- Un recueil de nouvelles, L’Essonne, terre d’avenirs, édité par le Département de l’Essonne (France);

- Un recueil pour la revue littéraire Quinzaine, Nouvelles choisies, Éditions nouvelles. Publication d’un texte à venir dans un livre d’art à la fin de l’année 2021.


Ce qui m’anime ? La découverte des gens, les voyages à l’autre bout du monde ou tout près de chez soi. Grande lectrice également, je participe activement à un café littéraire.

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