Interview avec Pascal Dandois, auteur et dessinateur : Rassembler les singularités

Propos recueillis par Anusha Rung


Le récit fantastique de l'auteur parisien Pascal Dandois, Souvenir, est publié dans la revue littéraire Soleil hirsute - numéro 2 - automne 2021, volume 2 (à lire et télécharger gratuitement dans l’onglet Magazine).


D’où vous est venue l’inspiration pour votre récit fantastique Souvenir ?


Extrait du récit « Souvenir »

Souvenir a été écrit sous l’influence plus ou moins consciente de nombreux romans ou nouvelles de science-fiction, et même plus largement de ce qu’on appelle « littératures de l’imaginaire » par opposition absurde à celle dite blanche ou mimétique. Ainsi que par ma plus ou moins bonne digestion de concepts scientifiques, comme la théorie de la relativité ou la mécanique quantique. S’ajoute à cela mon expérience toute personnelle de la folie. C’est à peu de chose près la source de tout ce que j’écris, en y insinuant souvent des éléments dits autobiographiques de façon pas nécessairement flagrante.

Quel message, quelles réflexions voulez-vous transmettre à travers ce récit ?


J’essaye de transmettre au lecteur l’idée toute simple de la subjectivité en toute chose (paradoxalement, c’est la seule façon d’atteindre une certaine objectivité). Je pourrais appeler cela, de façon quasi pléonastique, « la relativité individuelle », une source de réflexion par la remise en question de « la réalité » que certains sophistes nous resservent à toutes les sauces, alors qu’elle ne relève la plupart du temps que de biais cognitifs manipulateurs.

Vous êtes à la fois auteur et artiste visuel. Comment est-ce que votre pratique artistique influence votre regard d’auteur ?


Je ne fais pas de distinction très nette entre les deux disciplines, je les pratique l’une ou l’autre selon les circonstances; elles interagissent. L’une peut influencer l’autre et vice versa, je les pratique exactement selon le même principe. Ce n’est en somme qu’une question de technique. Pour l’une j’utilise les mots, pour l’autre l’image, mais le grand intérêt de l’illustration, c’est quand je travaille pour d’autres, comme Patrick Boutin, dont j’ai illustré nombre de recueils. Cela me permet de ne plus être tout à fait seul, et d’avoir le plaisir de voyager dans l’univers d’un autre tout en m’y mêlant un peu.

En 2021, vous avez cofondé la revue de poésie Le Génie libre. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce beau projet ?


Le Génie libre* est né de la rencontre entre Richard Turban et Arnaud Le Vac, qui m’ont fait l’honneur de m’y inviter en tant que dessinateur. La revue est issue de notre rencontre place de la Bastille, où s’est nouée une belle amitié. C’est en effet un beau projet que de réunir nombre de poètes et créateurs, car c’est la quintessence de l’art que de rassembler des individualités, des singularités. Les rencontres sont le sel de la vie.


*Clin d’œil au Génie de la liberté


Pouvez-vous évoquer un moment marquant dans votre cheminement d’auteur ?


Photo fournie par l'auteur

Je me souviens du premier appel à textes auquel j’ai répondu, lancé par le Théâtre des 2 Rives à Charenton-le-Pont. Il s’est concrétisé par une lecture sur scène avec des acteurs professionnels, à laquelle j’ai participé. Ce fut ma première lecture publique. (S’ensuivirent d’autres, comme ma participation aux Soirées Acharnistes de mon ami Léonel Houssam.) Le principe ce soir-là, au théâtre, était de lire le texte de l’autre. L’actrice de renom qui a lu mon texte m’a fait l’honneur, durant le spectacle, de le lire à deux reprises !


Quels auteurs vous ont marqué, et pourquoi ?

Beaucoup d’auteurs m’ont marqué, comme Lautréamont, Rimbaud, Topor (qui était aussi dessinateur, comme moi), Kafka, Philip K. Dick, Artaud, etc. Dans la majorité des cas, il me semble que ces auteurs ont, chacun à sa façon, remis en cause « la réalité » communément admise. Ce doit être cela qui m’a attiré vers eux.

Un livre que vous nous recommandez ?


Je dirais L’Anthologie de l’humour noir d’André Breton, qui permet de faire connaissance avec un grand nombre de personnages, d’auteurs et artistes, avec lesquels on peut faire plus ample connaissance ensuite. Ce livre est une grande ouverture vers les possibles.


En tant qu’auteur, quelle est pour vous l’ambiance de travail idéale, qui stimule votre créativité ?


Je n’ai pas besoin d’ambiance bien définie, la créativité chez moi ne prévient pas vraiment. Pendant un trajet en voiture, sur la terrasse en fumant une cigarette, sous les arbres devant ma cabane vendéenne, dans un bistrot… L’association d’idées qui enclenche le processus peut arriver n’importe où et quand, selon le contexte ou les événements. Je peux l’aider parfois avec un thème, un détail, pour peu que ma cervelle soit dans une bonne disposition.

Votre citation préférée ?

« Je passe le plus clair de mon temps à l’obscurcir. » (Boris Vian)


À propos de l'auteur :


Artiste béquillard et multidisciplinaire ayant publié textes ou dessins dans des revues et fanzines (Traction-brabant, Revue Méninge, Le Bateau, Bigornette, Violences, Squeeze, etc.), ayant participé à des anthologies et recueils : Dimension Violences (Rivière Blanche), La folie (Jacques Flament), 300K (Beakful), Dimanches (Les Deux Crânes), La pouponnière et autres miniatures (Les deux Zeppelins), Rimbaud et moi (Éditions du Pont de l’Europe), Décalé (Bloganozart), Gainsbourg, Opuscule hors-série #10 (Lamiroy), Sainte-Valentine 2021 (Ska) et ayant illustré Patrick Boutin : Miroir, miroir (Bozon2x éditions), Sylvain-René de la Verdière : La Civito de la Nebujo (Le Garage L.), et Necromongers : Necro manigances Dandois saisissantes (Urtica).

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