Interview avec Yvan Robberechts, poète : Écrire avec les tripes

Dernière mise à jour : 25 nov. 2021

Propos recueillis par Ève Normandin-Corriveau


La poésie d’Yvan Robberechts ne cherche pas à édulcorer la réalité. Elle se veut sans complaisance, vraie et percutante, dénuée de tout artifice. Découvrez les poèmes de l’auteur, Mélancolie et Le SDF, dans le deuxième tome de la revue littéraire Soleil hirsute - numéro 2 - automne 2021 (à lire et télécharger gratuitement dans l’onglet Magazine).

Extrait du poème « Mélancolie »

D’où vous est venue l’inspiration pour votre poème « Mélancolie » ?


Dans « Mélancolie », je parle d’un insecte fouineur (un bousier) qui vient gratter dans le fond de ma tête certaines nuits d’insomnies. Il remue la vase et la merde et tout ça tourne et tournicote : Quand j’étais petit… Quand j’étais grand… Quand j’étais ce que je ne suis plus… Ce que j’aurais dû dire… Ce que j’aurai pu faire…


Les fantômes du passé me font des grimaces dans le noir, alors je leur réponds avec cette poésie.
Extrait du poème « Le SDF »

Quel message, quelles réflexions et quelles émotions voulez-vous transmettre à travers « Le SDF » ?


J’essaye de ne pas faire de poésie à message ou même à réflexion. Pour écrire de la poésie, ma tête est mauvaise conseillère, j’écoute davantage les organes mous comme le foie, la rate, le cœur ou les tripes.


Le SDF, c’est moi. Bien sûr j’ai un toit, mais la route est si cahoteuse, si ténue, si fragile…

On vit des toutes petites vies, nous sommes tous des presque rien… Tous SDF d’une manière ou d’une autre.


Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ? Qu’est-ce qui vous inspire à créer des œuvres si poignantes et brutales ?


La vie empoigne avec brutalité. Les plus sensibles d’entre nous peinent à trouver une place. Dès l’enfance, on apprend à être plus fort que l’autre au lieu de devenir plus fort que soi grâce aux autres (je reprends les mots d’Albert Jacquard).

Photo fournie par l’auteur

Nos ombres sont derrière nous, à quatre pattes, prêtes à dévorer ceux qui trébuchent. Bref, ma poésie rend compte de la vie. Et la vie — comme vous le savez — n’est pas un chemin de pâquerettes sur un lit de roses.


Pouvez-vous évoquer un moment marquant dans votre cheminement de poète ?


J’écris de la poésie de façon régulière depuis un an seulement. Il y a 6 mois, je me suis aperçu en me relisant que la moitié peut-être de mes poèmes étaient inintéressants. Beaux, mais chiants. Ça m’a fait un choc. Alors j’ai changé.




Je fais plus simple, moins littéraire. Je ne cherche plus les mots qui ont de l’allure, mais plutôt les tout petits mots qui se cachent derrière les grands.

J’essaye aussi d’être moins sinistre dans mes poèmes. Même si le monde qui s’annonce m’inspire peur et colère.


Quels auteurs ou auteures vous ont marqué et pourquoi ?


Je lis peu de poésie contemporaine parce que c’est presque toujours bô, mais chiant (hi hi hi!). Les mots sont imbibés de formol et je finis par m’endormir. Si quand même, dernièrement, j’ai acheté plusieurs recueils et il y en a deux qui m’ont plu : celui de Myriam OH (Scènes d’intérieur sans vis-à-vis) et celui de Murièle Modély (User le bleu).


Un livre (fiction ou non-fiction) que vous nous recommandez ?


L’autre jour, je marchais dans Bruxelles et il y avait un livre mal en point, feuilles froissées, dans le caniveau. Je l’ai recueilli comme un oiseau blessé.


Comme j’aime les signes, j’ai pensé qu’il était là pour moi. C’est un livre magnifique de Théodore Monod, Dictionnaire humaniste et pacifiste chez Arthaud.


En tant qu’auteur, quelle est pour vous l’ambiance de travail idéale, qui stimule votre créativité ?


Tout sauf… un bureau et des horaires d’entreprise. Les transports en commun, j’aime bien. Particulièrement le train. Je regarde passer les vaches pendant que les vaches regardent passer le train et la poésie infuse doucement.

Photo fournie par l’auteur

Sinon en bossant (je suis agent communal dans un petit village), alors pendant que je ratisse les feuilles — c’est le cas en ce moment — mon esprit part en vadrouille.


Votre citation préférée ?


Quand on demandait à Hemingway ce qu’il fallait pour devenir écrivain il répondait : « une enfance malheureuse ».


Yvan Robberechts. 54 ans. Faune à pieds de bouc. Vit en France (Picardie) avec sa compagne, un chien, deux chats et des grenouilles dans la tête. Agent communal pour payer les crédits et poète, parfois, lorsque les grenouilles chantent ou gargouillent.

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