Les enfants victimes d'agressions deviennent-ils des adultes vulnérables aux violences conjugales?

Edma Calmet


Edma Calmet est l'auteure du roman Cloporte cherche prince, paru en 2021 aux Éditions Sydney Laurent. L'écrivaine partage ici quelques pistes de réflexion sur un sujet qu'elle aborde également dans son roman.


Une carapace qui protège de la réalité

Photo fournie par l'auteure

Dans mon roman Cloporte cherche Prince, j’aborde deux thèmes liés à la violence : les violences sexuelles faites à l’enfant dans le cercle familial, et les violences conjugales.

Or, certaines études montrent désormais un lien entre les deux, avec deux causes possibles:

  • Le risque de devenir une proie à l’âge adulte, quand on a vécu des traumatismes violents durant l’enfance; et

  • La résilience développée durant l’enfance face aux événements traumatiques.

Dans le premier cas, les traumatismes de l’enfance vont conduire à une plus grande vulnérabilité face à de nouveaux agresseurs, et en particulier du fait du traumatisme lié à l’état dissociatif. Ceci est décrit dans mon roman, lorsque Marie se réfugie dans sa carapace pour échapper à son bourreau. En réalité, en se réfugiant dans cette carapace, elle met en œuvre un état dissociatif qui la coupe de la réalité de ce qu’elle vit, afin de se protéger.


Cependant, certaines études (par exemple, Rinfret-Raynor, M. ; Cantin, S. 1994. Violence conjugale : recherches sur la violence conjugale faite aux femmes en milieu conjugal, Boucherville, QC, Gaëtan Morin) montrent qu’un état dissociatif répété peut conduire à une fragilité à l’âge adulte, faisant perdre certains repères et rendant la victime particulièrement vulnérable à de nouveaux prédateurs et, par exemple, à l’emprise d’un manipulateur.


Supporter l'insupportable

Photo : Pixabay

Dans le deuxième cas, l’enfant développe une telle résilience face aux traumatismes qu’à l’âge adulte, il sera capable de supporter l’insupportable. Face aux violences conjugales, cet adulte minimisera les faits et s’habituera à supporter le pire.

Marie analyse d’ailleurs elle-même le lien entre les deux formes de violences. Enfant, elle a dû faire face à des événements très difficiles, mais elle a appris à s’en protéger. Elle s’est libérée elle-même de son bourreau à l’adolescence, et elle en a développé une grande résilience, qui lui permet de supporter les violences psychologiques de son mari pendant tant d’années.

Marie sait au fond d’elle-même qu’elle « résiste à tout ». Les violences de l’enfance ont développé cette force, la façonnant tel un tardigrade. Supporter l’insupportable. Au lieu de demander de l’aide, Marie se défend toujours seule.


Ce repli sur elle-même est aussi lié à un sentiment de honte. Elle éprouve de la honte face aux violences sexuelles qu’elle subit durant l’enfance, honte qui l’empêche d’en parler. Et elle éprouve cette même honte à l’âge adulte, comme beaucoup de victimes de violences conjugales. Comme si elle était responsable de la situation. Alors Marie se tait. Elle donne le change. Dans son entourage, personne ne se doute de rien.


Quand le seul choix est la fuite

Il faudra des événements traumatiques très forts pour qu’elle comprenne que sa vie est désormais en danger, face à des violences conjugales devenues physiques, et pour qu’elle prenne conscience qu’elle n’a plus d’autre choix que la fuite.


Mon roman aborde le lien entre les violences subies durant l’enfance et les violences psychologiques et physiques à l’âge adulte. Mais il a aussi pour objectif de rappeler aux victimes qu’on ne doit pas supporter l’insupportable, car bien souvent la vie est en jeu.


Un jour, il est nécessaire de fuir, pour ne pas venir grossir les chiffres, déjà terribles, des féminicides.


Pour en savoir plus sur Edma Calmet et Cloporte cherche prince, rendez-vous sur le site des Éditions Sydney Laurent.


À lire aussi : notre avis de lecture sur Cloporte cherche prince et l'interview de l'auteure.


Résumé :

Marie est une enfant qui a tout pour être heureuse : une maison, un jardin, des parents aimants. Mais Marie va être victime des hommes, dès sa plus tendre enfance.


Commence alors sa quête du Prince charmant et sa quête de liberté pour se libérer de son bourreau.


À l’âge adulte, elle est rattrapée par son destin : la violence des hommes. Cette fois sa vie est en jeu, alors Marie doit fuir. Mais elle n’abandonnera pas pour autant sa quête.




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