Avis : Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison

Dernière mise à jour : 9 févr.

Ève Normandin-Corriveau


Photo d’arrière-plan par Tom Jur, sur Unsplash

Sur la plage de Baxter’s Beach, en Barbade, les touristes nantis côtoient des locaux à la vie beaucoup moins facile. Lala fait partie de ce deuxième groupe : alors qu’elle tresse les cheveux de vacancières pour faire un peu d’argent, son mari Adan cambriole des villas de riches. Le soir où elle donne naissance à sa fille, une job d’Adan tourne mal et se conclut par un meurtre. Dans ce premier roman paru en 2021, Cherie Jones tisse un récit dramatique où s’entremêle la vie de divers résidents de la plage et des environs, qui ont chacun leur croix à porter.


 

D’abord, mettons les choses au clair : la lecture de Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison est assez ardue. Pas en raison du style, qui est accrocheur et assuré, mais bien du propos. On aborde le deuil, les côtés sombres de la maternité, et les inégalités sociales et leurs nombreuses répercussions. L’autrice met en scène un monde où le paradis et l’enfer sont entrelacés, et elle ne ménage pas ses personnages. Si c’est sans doute un portrait réaliste de ce que vivent certaines populations pauvres des Caraïbes, la lecture de scènes de souffrance en chaîne en diluait parfois l’effet.


Photo par acobie inniss, sur Unsplash

Le roman demeure percutant, en particulier lorsqu’il nous plonge dans la tête de Lala. Celle-ci vit un drame familial sans nom et est extrêmement isolée. Son raisonnement en est affecté, et elle semble parfois déconnectée du monde réel. Certaines des scènes où elle est engloutie par le deuil sont très puissantes. L’autrice utilise aussi par moments des techniques de narration audacieuses qui ajoutent une certaine théâtralité à l’histoire, qui est sinon presque naturaliste.


Comme je l’ai mentionné dans le résumé, le roman suit un éventail de personnages, dont Lala est la principale. Wilma, sa grand-mère, est également dépeinte avec une grande complexité, mais ce n’est pas le cas pour tous. Certains, comme Adan ou Beckles, le policier chargé d’enquêter sur les drames de Baxter’s Beach, servent surtout à faire avancer le récit. Peut-être y avait-il simplement un peu trop de points de vue différents? Dans tous les cas, j’ai l’impression qu’après avoir commencé l’histoire sur les chapeaux de roue, l’autrice s’est un peu éparpillée, donc essoufflée.


Je ne suis pas la plus versée en littérature postcoloniale, donc je suis peut-être passée à côté de certains aspects du roman, mais je l’ai bien aimé dans l’ensemble. Si vous avez l’estomac bien accroché, je vous le recommande, car il permet de découvrir un univers peu connu. La voix de l’autrice m’a beaucoup plu et j’ai hâte de lire ce qu’elle publiera ensuite!



Remarque : J’ai lu le roman en version originale, sous le titre How the One-Armed Sister Sweeps Her House, mais la traduction française de Jessica Shapiro est publiée chez Calmann-Lévy.


Avertissement (divulgâcheurs potentiels) : représentations de violence conjugale, de la mort d’un nourrisson, d’infertilité, de viol et de pédophilie.


À propos de l’autrice (calmann-levy.fr) :


Cherie Jones est née en 1974 à la Barbade. Elle a remporté plusieurs prix littéraires pour ses nouvelles, dont le Commonwealth Short Story Prize. Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison, son premier roman encensé, est l’une des nouvelles sensations de la scène littéraire anglophone. En parallèle de sa carrière de romancière, elle exerce depuis des années le métier d’avocat à la Barbade.


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