Service presse : Le rire des déesses

Dernière mise à jour : 8 févr.

Ève Normandin-Corriveau


Dans une ville pauvre du Nord de l’Inde, Chinti vit avec sa mère Veena et les autres prostituées de La Ruelle. Depuis qu’elle est toute petite, elle se cache derrière une cloison alors que sa mère accueille les clients. Elle se sustente avec les miettes d’affection que Veena parvient à lui donner et l’attention que lui portent les autres travailleuses de La Ruelle ainsi que Sadhana, une hijra qui habite le quartier. Elle manque cruellement d’amour, et cela saute aux yeux de Shivnath, un homme saint qui fréquente sa mère. Il décide d’en profiter et d’utiliser la jeune fille pour étendre son pouvoir.

 

Couverture du roman « Le rire des déesses » d’Ananda Devi
« Le rire des déesses », roman d’Ananda Devi, Grasset, septembre 2021

Cette œuvre parfois perturbante, parfois inspirante, est centrée sur les laissées-pour-compte de la société. Les prostituées et les hijras, appartenant au « troisième genre », vivent en communauté et s’appuient les unes sur les autres pour affronter ceux qui abusent de leur privilège. Traitées comme la lie de la société, elles n’ont rien à perdre quand vient le temps de défendre Chinti.


Les conditions de vie exécrables et la violence constante auxquelles font face ces personnes sont présentées sans artifices. Et dans la saleté, Chinti brille par son envie de vivre, sa détermination teintée d’innocence. Elle n’est qu’une enfant, mais paraît très lucide en raison de son lourd bagage. C’est pourquoi sa fragilité nous surprend, quand elle rencontre Shivnath et s’attache immédiatement à lui, malgré les protestations de Veena, qui n’a jamais su lui montrer combien elle tenait à elle.


Plus l’histoire avance, plus elle s’apparente à une légende, dans laquelle les plus faibles se mesurent aux plus forts; celles qui se croyaient impuissantes ne le sont pas tant que ça, finalement.


« Dans les yeux de Veena s’éveille alors la guerrière qui l’a maintenue debout tout ce temps, sa fureur intacte. Elle n’a jamais abandonné. Elle a beau avoir été enterrée vivante, elle refait toujours surface. »

Le réalisme poignant du début laisse place à des événements aux proportions mythiques. L’autrice maîtrise le virage et éveille en nous la rage et la compassion. J’ai trouvé l’écriture superbe, très évocatrice et engagée. J’ai très hâte de lire d’autres romans d’Ananda Devi!


Merci à la maison d’édition pour ce service de presse.


Avertissement (divulgâcheurs potentiels) : représentations de viol, de mutilation et de pédophilie.


À propos de l’auteure (grasset.fr) :


Ethnologue et traductrice, Ananda Devi est née à l’île Maurice. Auteur reconnue, couronnée par le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises en 2014, elle a publié des recueils de poèmes, des nouvelles et des romans, notamment Ève de ses décombres (prix des Cinq Continents, prix RFO, Gallimard, 2006), Le sari vert (prix Louis Guilloux, Gallimard, 2009), et dernièrement Manger l’autre (Grasset, 2018).

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