Interview avec Didier Colpin, un poète hanté par l'amour et le sens de la vie

Propos recueillis par Ève Normandin-Corriveau


Le poète français Didier Colpin évoque les mystères que renferment les souvenirs dans Dans la force gravitationnelle du temps et Coffres remplis, parus dans la revue Soleil hirsute. Ils figurent dans le premier volume de la revue littéraire de l’automne 2021 (à lire et télécharger gratuitement dans l’onglet Magazine).


Extrait du poème Dans la force gravitationnelle du temps
Extrait provenant de la revue Soleil hirsute

D’où vous est venue l’inspiration pour votre poème Dans la force gravitationnelle du temps ... ?


L’être n’est qu’un jeu de dés jeté sur le tapis vert du temps (et de l’espace). La subjectivité de sa mémoire vient de ses souvenirs heureux et malheureux, sans oublier ceux de ses ancêtres qui sont en lui par héritage – conscients ou non – transgénérationnel. Le tout amplifié par sa culture. Ce tout nous lie, nous façonne et nous fascine par les questions qu’il soulève sur l’identité de notre propre identité. Éternelle question du Sens…


Quel message, quelles émotions voulez-vous transmettre à travers Coffres remplis… ?


Je ne suis pas un poète « à messages »… Un message, me semble-t-il, émane d’un extraverti qui a quelque chose à dire et qui s’adresse à l’esprit.

Le poète que je suis est un introverti qui se confie dans le silence de son temps d’écriture à la feuille blanche qui devient sa confidente…
Extrait du poème Coffres remplis
Extrait provenant de la revue Soleil hirsute

Mais si je publie, c’est pour être lu. J’accepte la contradiction : la poésie n’est pas une science exacte. Mes poèmes sont d’abord, enfin je pense, des reflets de l’affect, des maux du cœur. Pas de l’intellect.


Ce poème s’ouvre par ce vers : « Les souvenirs amnésiques ». Ces trois mots résument ma réponse à votre première question. Nous avons des « coffres remplis » de souvenirs, qui forment un kaléidoscope. Celui-ci dessine de façon aléatoire des images, qu’il nous impose, au gré des circonstances qui les activent.


Photo de Didier Colpin
Photo fournie par l’auteur

Deux muses viennent vous hanter, la Femme et la mort. Pouvez-vous nous en dire plus ?


En 2017 j’ai publié un recueil, préfacé par la chanteuse Anne Vanderlove, intitulé Ode à la Femme…, et il y est précisé : « La femme n’est pas l’objet de ce recueil, la Femme en est le sujet… ».


Vous en dire plus ? Il me suffit de reformuler : deux muses aiment effectivement venir me hanter, soit la Femme et la mort ou, dit autrement, l’amour et le sens de la vie.


Pouvez-vous évoquer un moment marquant dans votre cheminement de poète ?


Il y en a plusieurs ! Mais vous ne m’en demandez qu’un (ma réponse sera en « poupées russes ») : il est toujours difficile de jauger et de juger son propre travail. À chaque fois qu’un poète ou qu’une poétesse accepte après m’avoir lu de me rédiger une préface, c’est un énorme bonheur.


Quels auteurs ou auteures vous ont marqué, et pourquoi ?


Je n’ai pas de culture littéraire particulière. Mes racines et mon socle sont constitués des références qui m’ont été enseignées par l’École de la République. Donc les grands classiques de la littérature française. Avec une pensée émue, au début du début, pour François Villon et La Ballade des pendus. Sans oublier tous ceux qui dépeignent sans filtre par leurs vers l’Humaine condition. (Pour moi l’Art – et dans le classement antique comme dans le classement moderne de ceux-ci, la poésie est au cinquième rang –, est aussi une photo sans retouche de l’Homme. S’il se transforme en propagande, alors il se dénature et perd son essence).


Sur ce socle sont venues se greffer de belles utopies, à savoir les valeurs pacifiques et universalistes de gens comme Lennon, Dylan, Jim Morrison, Léonard Cohen : je suis aussi le fils de ma génération et j’ai eu 20 ans dans les années 70…


Un livre (fiction ou non-fiction) que vous nous recommandez ?


Une « non-fiction » : les Évangiles.


En tant qu’auteur, quelle est pour vous l’ambiance de travail idéale, qui stimule votre créativité ?


Tous les jours je me lève vers 4 h ou 5 h et j’aime écrire dans le calme et la sérénité du petit matin.


Votre citation préférée ?


En fonction du contexte, de la réflexion, diverses « citations » peuvent me venir à l’esprit. Mais pour vous répondre, comme cela, pour les ricochets qu’elle engendre, je citerai cette phrase du poète Alberto Guillén : « La mort n’est pas la dernière fin, il nous reste encore à mourir chez les autres. »



Didier Colpin est né en 1954 à Laval, petite ville de l’Ouest de la France. Il a découvert l’écriture et la poésie « sur le tard », en 2010. Depuis elle est devenue sa compagne de tous les jours…

La poésie est pour lui le contraire de Twitter et de sa rapidité. Elle est un arrêt sur image… Sur un émoi sur un trouble sur la Beauté sur la laideur. Le tout vu, ressenti à travers le prisme qu’est son regard où deux plus deux ne font pas toujours quatre…



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