Interview avec Freud Mahoungou, auteur : La philosophie au cœur de l’écriture

Dernière mise à jour : 19 févr.

Propos recueillis par Anusha Rung


Dans son poème Qui es-tu mémoire, Freud Mahoungou s’adresse à cette fonction tant aimée et redoutée. L’œuvre de l’auteur congolais est publiée dans la revue littéraire Soleil hirsute - numéro 2 - automne 2021 (à lire et télécharger gratuitement dans l’onglet Magazine).


D’où vous est venue l’inspiration pour votre poème « Qui es-tu mémoire » ?


C’est la mort de mon grand-père en juillet dernier qui m’a inspiré à écrire le poème : « Qui es-tu mémoire ».

Extrait du poème « Qui es-tu mémoire »

En réalité, mon grand-père a toujours été une référence pour moi. Un homme très sage, il m’a enseigné beaucoup de choses de la vie, notamment le respect des plus âgés, les règles de la vie quotidienne, le respect des principes ancestraux.


Une fois qu’il est parti, seuls les souvenirs ont été pour moi un réconfort. Ainsi donc, pour toujours me rappeler toutes ces choses qu’il m’a apprises, j’ai écrit ce poème.



Quels thèmes importants à vos yeux sont abordés dans votre poésie et vos romans ?


Dans mes poésies, j’aborde souvent plusieurs thèmes essentiels, à savoir l’amour, la mort, la vie, Dieu… Dans « Qui es-tu mémoire » particulièrement, j’ai abordé la profondeur du souvenir.

Le souvenir est inhérent à l’existence. Des fois, il porte nos joies, nos plus beaux moments d’enfance, d’adolescence. Cependant, il porte aussi nos chagrins, nos douleurs, nos moments les plus sombres, dont on souhaite quelques fois se séparer. Mais malheureusement, nous ne le pouvons pas, car ce sont tous ces souvenirs qui nous rendent plus humains.

Mais j’ai aussi abordé la beauté du souvenir, car il est évident que la beauté de notre enfance vient des souvenirs chaleureux que nous avons récoltés dès le premier jour où nous avons mis pied sur terre.


Dans mes romans, j’évoque très souvent les maux récurrents qui minent actuellement nos sociétés africaines, entre autres la pauvreté, la délinquance juvénile, les problèmes de coutume, la corruption, la violence conjugale… D'ailleurs dans l’un de mes romans intitulé Entre silence et bataille, je montre comment le silence face à la violence conjugale peut s’avérer une fatalité.


Photo : Freud Mahoungou Soleil hirsute
Photo fournie par l’auteur

Vous êtes né en République du Congo, où vous avez grandi et où vous vivez toujours. Comment est-ce que votre culture influence votre regard de poète et votre écriture ?


Déjà le Congo-Brazzaville fait partie des pays où l’Institut français travaille ardemment en faveur des arts. Et pour moi, en tant que poète et écrivain, c’est une véritable aubaine. Je trouve là un moyen de lier mon écriture en général et ma poésie en particulier à la culture occidentale, notamment française, pour joindre non seulement les lecteurs du Congo, mais aussi ceux de France.

Car, être poète, écrivain… c’est aussi savoir marier les cultures.

Au-delà de cela, c’est également pour moi une occasion de travailler encore plus dur pour faire découvrir à toutes ces personnes étrangères la beauté et l’originalité de notre culture, qui depuis un certain temps, tend à perdre sa ferveur.


Quand et comment avez-vous su que vous vouliez être écrivain ?


C’est en 2016, plus précisément en classe de terminale, que j’ai su que je voulais être écrivain. Comment ? Je pense que c’était pendant les cours de philosophie. J’aimais toutes les autres matières, mais avec la philosophie, c’était différent. La philosophie me faisait dire des choses assez étranges, le genre de choses qu’on ne lit que dans les livres. Et c’est à partir de là que j’ai commencé à développer ce côté d’écrivain. D’abord avec les citations philosophiques, ensuite avec les petits poèmes, enfin c’est devenu toute une passion. En gros, c’est comme ça que j’ai su que je voulais écrire.


Quels auteurs ou autrices congolais vous ont marqué et pourquoi ?


Les auteurs congolais qui m’ont marqué et qui continuent à le faire jusqu’à ce jour sont Alain Mabanckou, Emmanuel Dongala et Jean-Baptiste Tati Loutard. Tout simplement parce que, dans leurs écrits, je retrouve l’Afrique dans toute son originalité historique.


Un livre (fiction ou non-fiction) que vous nous recommandez ?


Je vous recommande très sincèrement et très respectueusement de lire le roman Mémoires de porc-épic d’Alain Mabanckou; il est excellent.


En tant que poète, quelle est pour vous l’ambiance de travail idéale, qui stimule votre créativité ?


Personnellement, la plupart de mes œuvres m’ont été inspirées par la rue. C’est très souvent quand je marche que je ressens le plus le besoin d’écrire. Donc pour moi, l’ambiance de travail idéale qui stimule ma créativité, c’est dans la promenade.


Votre citation préférée ?


« Le bonheur est un rêve d’enfant réalisé dans l’âge adulte. » (Sigmund Freud)


Freud Mahoungou, né le 19 juin 1997 à Brazzaville, est un jeune étudiant, écrivain, poète et slameur congolais. Il est en 3e année de droit à la faculté de droit de l’Université Marien Ngouabi en République du Congo.


Cela fait déjà plusieurs années qu’il s’est lancé dans le monde de l’écriture, avec notamment ses quelques romans et poèmes qui certes, n’ont jusqu’à ce jour pas encore embrassé une renommée grandiose. Néanmoins, il est déjà un des lauréats du concours de poésie organisé par l’association NEPAD en collaboration avec l’Ambassade de France, dans le cadre de la lutte contre les violences basées sur le genre. Cela dit, le jeune écrivain ne compte pas s’arrêter là et espère pleinement atteindre le sommet dans les jours à venir.

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